Mercredi, 09 Janvier 2013 12:01

RICHARD SCOFFIER: Les quatre concepts fondamentaux de l'architecture contemporaine

Écrit par  MDA
Évaluez cet article
(0 votes)

Jusqu'au 30 mars 2013. Espace Mendès France.

Conférence: 29/01 - 18h30

Le livre de Richard Scoer, "Les quatre concepts fondamentaux de l'architecture contemporaine", s'appuie sur l'analyse des démarches architecturales emblématiques de ces 30 dernières années pour isoler les lignes de fracture qui séparent l'architecture d'aujourd'hui de celle d'hier. À la suite de la conférence présentant cet ouvrage le 17 novembre, la Maison de l'Architecture du Centre vous invite à un parcours entre des dessins et des maquettes proches de l'utopie qui illustrent une partie de la production architecturale de l'auteur ainsi que les concepts présentés dans son livre.

Les quatre concepts - objet, écran, milieu, évènement - répondent aux cinq points de Le Corbusier - pilotis, toit-terrasse, fenêtre en longueur, façade libre, plan libre - qui fondaient l'architecture moderne. Ils témoignent d'un nouveau changement de paradigme. Un basculement dont les symptômes peuvent être facilement diagnostiqués. Ce sont les objets lisses et désirables - téléphones portables, automobiles… - qui nous envahissent, sans nous donner aucun indice sur leur fonctionnement, pour répondre et amplifier le moindre de nos actes : parler, se déplacer, écouter. Les écrans qui sont présents partout, même dans la rue, et nous font oublier la profondeur spatiale, consubstantielle à la ville occidentale depuis la Renaissance. Ce sont les zones commerciales identiques qui ont remplacé les espaces autrefois exotiques de Paris, Athènes, Sao Paolo ou Bangkok, pour que nous puissions, où que nous soyons, nous sentir toujours chez nous. Les événements planétaires qui se succèdent chaque jour, chaque heure, chaque minute, retransmis en temps réel par la télévision pour supplanter les mots et les gestes des proches qui composaient la texture de notre vie quotidienne.

Ainsi, aux constructions qui montraient ostentatoirement leur structure et exhibaient tous les stigmates de leur fabrication se sont substituées des formes carénées, des édifices-objets qui se ferment sur eux-mêmes et se refusent à exprimer leur mode de construction, comme leur destination. La façade qui, par ses multiples fenêtres, permettait à l'édifice de communiquer avec le monde, a été remplacée par l'enveloppe, par l'écran souvent opaque qui cache plus qu'il ne révèle. À la question du lieu succède désormais celle du milieu qui répond au corps biologique ou métabolique plus qu'au corps conscient, pour développer des espaces internes qui s'apparentent à des couveuses ou à des incubateurs. Enfin, les constructions contemporaines ne peuvent plus s'établir autour de l'usage. Les milles et un gestes associés à l'entretien d'une maison ou à l'exécution d'un travail disparaissent inexorablement absorbés par les appareils ménagers, les ordinateurs et les machines.

L'édice d'aujourd'hui doit s'élaborer comme un réceptacle ou un conservatoire des derniers gestes quotidiens et même comme un générateur de nouveaux rituels, de nouvelles chorégraphies, d'évènements inédits… La partition du livre semble pouvoir s'appliquer aux projets présentés dans l'espace d'exposition de la Maison de l'Architecture. On y retrouve des objets qui objectent, des écrans qui cachent plus qu'ils ne montrent, des milieux qui se développent dans une relative indépendance à l'égard de leur contexte et des édifices qui se voudraient des condensateurs d'évènements, en rupture avec les gestes triviaux de la vie quotidienne.

 

 

OBJET

Les objets sont sans doute les plus nombreux. Ce sont des volumes carrossés qui se ferment sur eux-mêmes et hésitent, comme par timidité, à dialoguer avec leur contexte. Ils se présentent sous la forme de coques lisses pour mieux retrouver le monde à l'intérieur d'eux-mêmes, à l'instar des mystiques du XVIIe siècle qui, d'Ignace de Loyola à Thérèse d'Avila, ont cherché à refonder la religion sur une expérience intérieure.

Ainsi la maison à Sounion (2000) refuse insolemment de discuter avec ses voisines, une hacienda échappée d'Alerte à Malibu, une construction inspirée de l'architecture traditionnelle de l'Epire et une villa néo-moderne. Sa peau lisse et sa forme elée lui permettent de se s'immiscer furtivement sur les pentes de la colline. Seule sa large baie, découpée à son extrémité, s'ouvre vers les ruines du temple de Poséidon qui se dressent au loin au-dessus du Cap Sounion.

La tour de la Banque de Chine à Dalian (2001) devait comporter des amphithéâtres, un jardin, un parking et un centre commercial. Elle se fragmente en plusieurs éléments de manière à constituer une véritable scénographie ouverte sur la principale place de la ville. Une forme plate, percée d'une grande fenêtre urbaine, s'ore comme un fond devant lequel viennent se mettre en scène la colonne dorée des circulations verticales, un bloc énigmatique contenant les quatre amphithéâtres en porte-à-faux et le plateau planté du jardin suspendu.

Quant à l'immeuble de logements pour le Havre (2006), il se glisse dans un grand îlot industriel indiérent à son contexte, ses loggias érectiles venant avidement capter la lumière de l'Ouest.


ÉCRAN

La plupart des projets renonce à utiliser les façades traditionnelles. Ils préfèrent se cacher derrière des coques élancées qui ne laissent rien ltrer de leurs espaces intimes. Leur structure disparaît pour mieux jouer sur la fascination et la sidération que sur l'explication et la compréhension.

Ainsi le projet pour la Maison du Japon (1990) se cache sous deux enveloppes opaques, l'une noire, l'autre dorée, qui protègent jalousement ses activités. De même la maison Ouranos et Gaïa (1997) s'enveloppe de plaques de tôle ondulée rappelant la carrosserie de la 2 CV des années cinquante.


MILIEU

Refusant de se fonder, les constructions semblent otter. Plus de sol de référence, l'espace fonctionne comme un milieu, un liquide amniotique plus ou moins dense, plus ou moins lumineux, traversé de courants et de fluctuations.

Pour le quartier Ottakring à Vienne (1996), les diérents éléments du programme prennent des formes particulières pour se mettre en tension. Ces silhouettes sombres ou brillantes accumulent les porte-à-faux pour offrir, sur le modèle du Luna Park, un nouveau quartier ludique et animé à une population de jeunes citadins. De même le projet de réhabilitation de la voie Pireos, l'axe reliant Athènes au Pirée, propose des formes fuselées et brillantes nageant comme des poissons au-dessus des constructions industrielles existantes. Des volumes de tailles diérentes, qui peuvent indifféremment accueillir des logement, des équipement ou des bureaux.


ÉVÈNEMENT

D'autres encore cherchent à se constituer comme de véritables générateurs d'évènements. Ce sont des machines en attente du moindre geste pour l'amplifier et le porter à son paroxysme.

Le projet de pont de l'Académie à Venise (2006) semble attendre le croisement des flux des passants et des visiteurs du musée, situé dans des coques tronc-coniques ajourées suspendues à de hauts mats haubanés. De même le projet de Repère Olympique à Paris (2004) s'étire pour permettre plusieurs points de vue panoramiques sur l'espace alentour. Comme un podium pour délé de mode, il met en exergue le moindre geste, la moindre posture de ses visiteurs. Ailleurs, les tours pour le quartier d'affaires d'Erevan en Arménie (2010) orent des espaces d'activités spectaculaires, plateforme d'hélicoptères décalée, terrasse et piscine suspendues, auditorium en porte-à-faux placé au sommet de l'un des gratte-ciel. Dans le projet de Centre Spirituel Russe de Paris (2010), les bulbes dorés traditionnels glissent à l'intérieur des murs ajourés pour mieux protéger la liturgie orthodoxe, préservée sans altération depuis des siècles.




 

PARCOURS

Richard Scoffier est architecte, diplômé d'UP 6 (Paris La Villette) en 1980, et titulaire d'un DEA de philosophie de Université de la Sorbonne en 1984. Il enseigne à l'Ecole d'Architecture de Versailles depuis 1997, dont il est membre du laboratoire de recherche le LéaV, et a fondé en 2011 l'Université Populaire du Pavillon de l'Arsenal. Lauréat des Albums de la Jeune Architecture en 1991, il a notamment réalisé : le Centre Musical d'Etouvie, à Amiens en 2002 et la Maison des associations du 18e arrondissement à Paris en 2004.

Commissaire du Pavillon grec Pavillon Grec pour la Huitième Biennale Internationale d'Architecture de Venise (Athènes 2002 : Réalisme Absolu), il exerce aussi une activité de critique dans plusieurs revues européennes d'architecture et d'urbanisme, et collabore régulièrement à la revue d'A depuis 2006. Il a principalement publié : Scènes d'atelier, le catalogue de l'exposition de Christian de Portzamparc au Centre Georges Pompidou (1996) ; Les villes de la puissance aux éditions Jean-Michel Place (2000) ; La ville sans dehors, aux éditions Futura (2000) et Les quatre concepts fondamentaux de l'architecture contemporaine aux Editions Norma en 2011.

Dernière modification le Vendredi, 29 Mars 2013 10:07

MDA